Qu’on demande à quiconque de décrire l’odeur des draps séchés dehors, et les mots se font vagues — propre, frais, comme l’enfance. Longtemps, la science rangea la question au rayon du sentiment. Puis des chercheurs firent la chose évidente : sécher des serviettes identiques dedans et dehors, prélever l’air au-dessus de l’étoffe, le passer aux instruments. Les nostalgiques avaient raison. Le linge séché au soleil est différent — mesurablement, chimiquement.
Le soleil comme parfumeur
Le coton mouillé au soleil se révèle un petit atelier de photochimie. Ultraviolets, eau et surface de la fibre conspirent à produire une famille de molécules nouvelles — aldéhydes et cétones aux noms de pentanal, d’octanal, de nonanal — qui sont justement les notes que les parfumeurs cherchent quand ils veulent « l’air pur », le zeste d’agrume, la feuille verte. La corde à linge ne sèche pas seulement le lavage ; elle le finit, en y ajoutant une note de tête qu’aucun flacon ne contient. L’ozone tient un rôle de figurant ; c’est le soleil qui compose.
Travailler avec lui, non contre lui
Lavage parfumé et soleil sont des collaborateurs, à une réserve près : un soleil fort et prolongé décolore et fatigue les fibres délicates. Le conseil de la maison — les blancs et le linge de lit pâle prennent volontiers le traitement complet ; les couleurs et les soies sèchent à l’ombre claire, où l’air en mouvement fait encore un travail honnête (le chapitre du mistral explique pourquoi l’air compte plus que la chaleur). Les essences de la perle logent au fond de la fibre et survivent au bain de soleil ; les aldéhydes du soleil se déposent par-dessus. Ce que l’on plie, ce soir-là, est une œuvre à deux auteurs.
Nul besoin de jardin : un étendoir sur un balcon, ou près d’une fenêtre grande ouverte un jour clair, capture une édition modeste de cette chimie.
