Bien avant de loger dans les comptes, la richesse logeait dans les armoires. Le trousseau — le coffre de linge de maison qu’une jeune femme apportait à son mariage — se comptait, se brodait et s’inventoriait avec un sérieux qu’on réserve aujourd’hui aux biens immobiliers : tant de paires de draps, tant de nappes, des serviettes par douzaines, chaque pièce marquée d’initiales au point de croix rouge et rangée avec de la lavande entre les plis.
Des années d’ouvrage
Un trousseau digne de ce nom prenait des années. Des hivers à filer et à ourler, des jours de fête à broder ; les mères commençaient la collection quand les filles étaient encore des enfants. Les pièces étaient faites pour survivre à celles qui les faisaient — un lin lourd tissé à la main, taillé large, raccommodé bien avant d’être remplacé. Les familles mesuraient leur rang à la profondeur de l’armoire à linge, et les notaires en dressaient le contenu à côté de la vigne et des bassines de cuivre.
Ce que la coutume savait
Qu’on ôte l’économie de la dot, et il reste quelque chose d’assez beau : la conviction que le linge de maison est un patrimoine — que l’étoffe, bien faite et bien tenue, est une forme de permanence. Le trousseau traitait les draps comme une bibliothèque traite les livres : numérotés, soignés, transmis. Le parfum faisait partie du système ; la lavande et le lavage attentif étaient la manière de rendre hommage à ce qu’on entendait garder cinquante ans.
Le trousseau moderne
La coutume s’est dissoute, mais rien n’interdit une reprise privée. Acheter moins de linge, et meilleur ; laisser les pièces gagner leur place au fil des décennies ; les laver comme si elles étaient destinées à être héritées — dose mesurée, air en mouvement, un parfum tenu assez constant pour devenir l’odeur de la maison. Une armoire assemblée ainsi est un trousseau en tout sauf le nom : un petit héritage plié, qui attend celui ou celle qui ouvrira la porte ensuite.
